Analyse | Le Canadien a réussi à dompter le moment, mais pas Ovechkin
Alex Ovechkin était là en 2010 quand le Canadien avait surpris les Capitals de Washington, pourtant largement favoris en première ronde des séries, et que ceux-ci s’étaient fait éliminer en sept rencontres. Ovechkin venait tout juste de quitter la glace, durant la prolongation du premier match, quand un tir de Tomas Plekanec avait trompé José Théodore et donné la victoire au Canadien. Quinze ans plus tard, le nouveau détenteur du record pour les buts dans la Ligue nationale est encore là, aussi dominant que jamais, et semble déterminé à s’assurer que son club ait un plus long parcours cette saison. Les Capitals, devons-nous préciser, n’ont pas gagné une seule série éliminatoire depuis leur conquête de la Coupe Stanley en 2018. Ovechkin a participé aux trois buts des Capitals face au Canadien, lundi, inscrivant entre autres le but vainqueur après seulement 2:26 de jeu en prolongation. Il ressemblait également au Ovie des belles années par son implication physique, lui qui a dominé les deux équipes avec sept mises en échec. En deuxième période, au moment où les Caps commençaient à ne plus avoir le même mordant au plan de la robustesse, Ovechkin a voulu maintenir la pédale au plancher et demeurer l’agresseur. La supervedette des Capitals a certes tranché le débat en prolongation, mais cela ne doit pas complètement occulter la façon dont le Canadien s’est battu pour revenir dans le match. En fait, il est revenu dans cette rencontre de la même manière qu’il l’a fait si souvent depuis Noël : en s’ajustant à son adversaire au fur et à mesure que le match avance, et en réservant ses meilleures attaques pour la troisième période. Sept joueurs du Canadien en étaient à un premier match éliminatoire en carrière dans la LNH et, en première période, le moment a semblé un peu vertigineux pour certains d’entre eux. Personne ne devrait s’étonner que les Capitals soient sortis en force et qu’ils aient dominé le CH physiquement avec un échec avant de tous les diables qui a rendu la réponse et les sorties de zone du Canadien hésitantes. Plus notable, et certainement encourageante pour la suite des choses, fut la tenue du gardien Samuel Montembeault, qui en était lui-même à un premier match de séries en carrière et qui a été très solide au milieu de la tempête. Montembeault a reçu au moins quatre tirs très dangereux dès les cinq premières minutes de la rencontre et il a gardé son équipe dans le match pendant tout le temps où les choses auraient pu dérailler. Le gardien qui a mené le Canada à la conquête de la médaille d’or au Championnat du monde en 2023, et qui a vécu de l’intérieur l’intensité de la Confrontation des 4 nations, était prêt pour ce genre de hockey de haut niveau. La cadence imposée par les Capitals en début de match était la plus rapide à laquelle le défenseur Kaiden Guhle ait jamais été exposé. Lane Hutson et lui ont été ciblés. Les Caps se sont affirmés là où on les attendait, et le Canadien n’a pas été en mesure d’établir son échec avant en première moitié de rencontre. On a plusieurs joueurs qui doivent avoir cette expérience de voir comment le rythme du jeu augmente et que le niveau de robustesse augmente. Après qu’on en ait eu le feeling, notre jeu s’est amélioré. Notre deuxième a été meilleure et notre troisième a été excellente. Il y a la jeunesse du Canadien, son inexpérience, et le fait qu’il participe aux séries pour la première fois depuis plusieurs années. Or, un rapide coup d’œil aux différentes séries et l’on s’aperçoit que toutes les formations qui participent aux séries après en avoir été écartées l’an dernier ont perdu leur premier match. Personne n’est passé aussi proche que le Canadien. Le Canadien a comblé un retard de deux buts en troisième période. Photo : Getty Images / Patrick Smith Montembeault n’est pas le seul joueur à avoir bien fait à son baptême des séries. Les Capitals n’ont pas maintenu leur pression pendant 60 minutes, et dès qu’il a eu un peu d’oxygène, Lane Hutson a fait montre de tout son talent. Il a joué du hockey de plus en plus assuré à mesure que la rencontre avançait et il a fini par récolter des mentions d’aide sur les deux buts de son équipe. Dans un rôle plus limité, Emil Heineman a répondu coup sur coup à la robustesse des Capitals et il est parvenu à les déranger davantage en fond de territoire que ne l’ont fait Josh Anderson et Juraj Slafkovsky, entre autres. Quant à Jayden Struble, s’il n’a pas été sans faille, il a quand même joué presque cinq minutes de plus que David Savard à forces égales et il s’est bien défendu. L’allure du début de la rencontre pouvait faire regretter à St-Louis de ne pas pouvoir compter sur Arber Xhekaj, mais Struble vend chèrement son poste en ce moment. Ce sont toutefois les meilleurs joueurs du Canadien qui ont orchestré le ralliement. Le trio de Nick Suzuki avait été le seul à générer quoi que ce soit offensivement dans les 40 premières minutes – celui d’Alex Newhook n’a pas du tout eu l’impact espéré – et il a vraiment montré des dents dans le dernier tiers. Cole Caufield a peut-être profité d’un bond favorable sur son but en supériorité numérique, car le tir de Patrik Laine a bifurqué sur deux joueurs des Capitals avant d’apparaître devant lui dans l’enclave. Il reste que ce but donnera un peu de positif à une attaque à cinq qui était en panne sèche depuis une douzaine de matchs. À partir du moment où Caufield a brisé la glace pour son équipe, les Capitals sont devenus plus mous et plus nerveux, et le match a basculé en faveur du Canadien à partir de ce moment. Preuve qu’il ne faut pas nécessairement avoir un gros gabarit pour être efficace en échec avant, ce même Caufield s’est ensuite distingué en arrivant premier sur une rondelle projetée en fond de territoire, et cela a permis au CH d’installer son attaque. Suzuki, qui avait eu quatre belles chances de marquer jusque-là dans la rencontre, a finalement capitalisé sur cette séquence où les Capitals en ont eu plein les bottines. Après les trois périodes réglementaires, le Canadien avait cadré 34 lancers, son plus haut total dans un match depuis un mois. La confiance des hommes de Martin St-Louis ne va pas fléchir à cause d’une première période un peu intimidante qui inaugurait ses séries. Il faut regarder les choses dans leur ensemble. Les Capitals peuvent-ils assiéger le Tricolore autant qu’ils l’ont fait en première période, lundi, et ainsi aller chercher trois autres victoires? C’est possible, mais cela exige une intensité maximale qui leur sera difficile à maintenir. D’une part, le Canadien doit savoir répliquer et exercer lui-même une forte pression sur les Capitals. Il y a place à l’amélioration à ce niveau. Mais dès qu’il sentira chez eux le moindre relâchement, il n’aura pas le choix de profiter du temps et de l’espace que lui concèderont ses adversaires afin de ramener les pendules à l’heure. Le Canadien l’a fait lundi, et ça l’a au moins mené jusqu’en prolongation. Première manche aux Capitals, mais il n’y avait rien de gênant dans ce lever de rideau.Montembeault sans complexe

Caufield a sonné le ralliement
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